La situation VIH chez les homosexuels en Suisse (2009)
La situation actuelle
Le VIH et les autres maladies sexuellement transmissibles chez les homosexuels, ou plus généralement les hommes qui ont des rapports aves des hommes, nous préoccupent depuis bientôt 30 ans. L’abréviation anglaise MSM veut dire : Men who have Sex with Men, ceci pour tenir compte que certains hommes se déclarant hétérosexuels fréquentent occasionnellement le milieu gay. Actuellement parmi les MSM en Suisse un sur six est séropositif. Les dernières statistiques de l’OFSP (Office Fédéral de la Santé Publique) montrent pourtant un léger aplatissent de la courbe mais des nouvelles infections, mais on ne peut pas encore parler d’une amélioration de la situation. Les grands efforts de préventions VIH faites dans les années passées chez les MSM ne semblent pas porter les fruits qu’on espérait. Ce n’est pourtant pas un problème spécifiquement Suisse: on observe la même situation dans tous les pays industrialisés, même en Thaïlande, Amérique Latine et Centrale. La plus haute prévalence VIH a été constaté chez les MSM noirs aux E.U. avec 46% de séropositivité, donc pratiquement un sur deux et porteur du virus!
Quelles sont les causes de cette situation inquiétante ?
D’une part les possibilités pour des rapports sexuels anonymes et les endroits qui offrent la possibilité de «consommation su place» sont de plus en plus nombreux. De forums spécialisé sur l’Internet facilites les contacts et surtout de trouver avec quelques clics de sourie les personnes qui ont les mêmes préférences sexuelles. Ainsi les rencontres se font de moins en moins dans les lieux classiques (bars, fêtes, saunas, Sexe-Club, toilettes, lieu de dragues, …) mais de plus en plus directement chez l’un des deux partenaires ou lors des parties privés pas accessible à la prévention. En plus de cela, on ne voit pas, si un partenaire potentiel est séropositif, surtout s’il vient de s’infecter récemment et se trouve donc dans la phase de primo-infection, une période d’environs 4 semaines durant laquelle il est extrêmement contaminant - souvent sans le savoir. On se rassure trop vite en se disant, «ma fois, … s’il arrive quelque chose on a toujours les trithérapies …». Prendre des médicaments chers durant le reste de sa vie, avec toutes les contraintes et effets secondaires sur la santé que cette thérapie peut causer (par exemple des pertes de masse musculaire), des visites régulières chez le médecin, la crainte qu’un jour ces comprimées perdent leur efficacité et l’espérance de vie sera réduite à zéro, ne devrait pas être le prix à payer pour un petit moment d’extase avec une personne qu’on ne va pas revoir une deuxième fois. En plus, la recrudescence des nouveaux cas de séropositivité chez les MSM est fortement liée à l’augmentation des autres Infections Sexuellement Transmissibles (IST). La raison: Des lésions de muqueuses dues à une de ces IST facilitent la transmission du virus du Sida. Et n’oublions pas deux choses:
1) Il n’y a toujours pas de vaccin contre le VIH/SIDA et celui-ci ne peut pas être éradiqué par un médicament, ce qui veut dire : Une personne infectée reste porteur du virus pour toute sa vie !
2) Sans traitement antirétroviraux une personne infectée va mourir tôt ou tard par une des nombreuses maladies opportunistes - on les appelle opportunistes parce qu’elles «profitent» de la vulnérabilité de la personne due à l’affaiblissement du système immunitaire par le virus.
Une deuxième hypothèse pour cette situation préoccupante pourraient êtres des troubles d’ordre psychosocial liés entre autre à l’orientation sexuelle, ou plutôt comment celle-ci est perçue ou refusée par l’entourage (famille, école, travail, copains, etc.), causant ainsi une diminution de l’estime de soi, des dépressions voir même des pensées suicidaires. (Plusieurs études montrent clairement que le taux de suicide est nettement plus élevé chez les jeunes homosexuels par rapport à leurs paires hétérosexuels.) L’abus de drogues (récréatives), d’alcool, de tabac ou de médicaments (et aussi du Viagra etc.) et un comportement sexuel à risque peuvent être des conséquences de ce cercle vicieux. Heureusement ce n’est qu’une minorité des homosexuels qui souffrent de ces problèmes, la majorité des gais vivent leur homosexualité d’une façon tout à positive et ils sont à l’aise dans leur vie et dans leurs relations sentimentales. Mais il serait fortement souhaitable que ceux qui vont bien aient un peux plus de solidarité envers ceux de la communauté gaie qui sont en difficulté et qui ont besoin de soutien.
Perspectives pour l’avenir
L’Aide Suisse contre le Sida (ASS: http://www.aids.ch/f/index.php ), conscient de l’importance des autres infections sexuellement transmissible et de l’influence de bien-être psychique sur le comportement sexuel, a récemment adoptée une nouvelle stratégie, qui a été mise en application par l’AG de 2008. Celle-ci inclue les IST et met le tout dans le cadre de la santé sexuelle selon la définition de l’OMS (http://fr.wikipedia.org/wiki/Sant%C3%A9_sexuelle ). Elle donne une priorité haute à la situation chez les MSM (deux Check-Point avec une offre spécifique pour les MSM ont déjà été mise en place à Genève respectivement à Zurich). L’ASS souhaite une participation plus active des organisations gaies nationales dans la prévention VIH et IST. L’Aide Suisse contre le Sida soutient financièrement le projet Blues-Out de Dialogai (un site d'information et d'orientation en santé mentale pour les gays et les lesbiennes: http://www.blues-out.ch/ ) et espère qu’il deviendra un projet model pour d’autre régions de la suisse.
En 2008 la Commission fédérale pour les problèmes liés au sida (EKAF ou CFPS) à fait une publication – depuis la Conférence VIH/SIDA de Mexique mondialement connue comme le «Swiss Statement» – qui a soulevée d’abord beaucoup de poussière et provoquée des réactions controversées mais a ensuite menée à des discussions plutôt fructueuses :
« Une personne séropositive sous traitement antirétroviral efficace n’est pas infectieuse au plan sexuel, autrement dit ne transmet pas le virus par des relations sexuelles, dans la mesure où: 1) le traitement est suivi scrupuleusement et contrôlé régulièrement par le médecin traitant ; 2) la charge virale sous traitement antirétroviral est indétectable depuis au moins six mois ; 3) il n’y a pas d’infection par une autre IST. Dans ces circonstances, un traitement antirétroviral efficace prévient une transmission du VIH de manière au moins aussi sûre et aussi efficace qu’un préservatif. »
Une conséquence logique de cette publication serait de commencer le traitement antirétroviral tout de suite après un test VIH positif et de ne pas attendre – comme c’est le cas jusqu’à présent – que la virémie monte et le nombre de cellules CD4 (c’est la police immunitaire du corps) tombent dans le domaine rouge, c’est-à-dire en dessous de 350 par microlitre de sang. Pour cela il faudrait satisfaire les conditions suivantes:
1) Les personnes avec un comportement sexuel à haut risque (qui ne respectent pas toujours les règles du Safer Sex) se fassent tester régulièrement à une infection VIH et éventuellement d’autres IST,
2) qu’ils sachent reconnaitre les symptômes d’une primo-infection - semblables à celle d’une grippe - et qu’ils soient au courant du risque de contamination durant cette phase hautement infectieuse,
3) qu’ils soient prêtes à commencer une trithérapie avec une prise régulière et stricte des médicaments sans aucune interruption (ce qui nécessite une certaine stabilité psychique et un suivi régulier par un médecin).
Cela voudrait dire, qu’on renforce la prévention classique par les moyens de la médecine moderne, là ou elle n’est pas suffisamment efficace. Les traitements actuels sont à la fois généralement bien supportés, très efficaces et ont moins de contraintes quand à la prise des comprimées que celles d’il y a 20 ans. En plus, un commencement précoce d’une thérapie est un avantage pour le système immunitaire. Il va de soi que les règles du Safer Sex, comme l’Aide Suisse contre le Sida le prêche depuis bientôt 25 ans (donc l’utilisation systématique du préservatif et d’éviter le contact des muqueuses avec du sperme ou du sang) restent l’outil principal de lute contre toutes les maladies sexuellement transmissible, y-compris le VIH.
Est-ce que c’est la solution? C’est en tout cas une idée que l’Aide Suisse contre le Sida (et d’autre organisations nationales et internationales y-compris la communauté scientifique) étudient sérieusement pour les groupes à haut risque. Des modèles mathématiques basés sur cette hypothèse appliqués à la communauté gaie dans les pays industrialisés ou aux populations à haute prévalence dans les pays sub-sahariens donnent un certain espoir.
Hansruedi Völkle
Président de l’Aide Suisse contre le Sida